La philosophie au Lycée Lapérouse

 

LA PHILOSOPHIE AU LYCEE LAPEROUSE
Paul MILONE


·En 1881 : Jean JAURES

Après avoir bénéficié d'une bourse et d'une préparation au Collège Sainte-Barbe, Jaurès fut reçu premier à l'Ecole Normale Supérieure en 1878. Il fut reçu troisième au concours de l'Agrégation,en 1881, après Lesbazeille, premier, et Bergson, classé second.

Pour son premier poste, Jaurès fut nommé professeur au lycée d'Albi où il exerça du le, octobre 1881 au 30 septembre 1883. Cela lui permettait de revenir dans ce pays tarnais dont il ne se détacha jamais : il pouvait y retrouver facilement sa famille, comme il le souhaitait, ses premières impressions d'enfance, les charmes de la langue occitane et de la vie des champs. Certains Albigeois ont conservé en mémoire une anecdote savoureuse concernant le séjour albigeois du jeune professeur au Lycée d'Albi. Jaurès demeurait alors rue de la Préfecture, actuelle rue A. Malroux, au premier étage du N° 16, maison appartenant à une marchande de Gimblettes et de Jrannots, gâteaux albigeois. Un jour, lors d'une conversation avec sa propriétaire et une autre voisine, Jean Jaurès les interrogea « vous qui êtes croyantes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sont-ce trois Dieux? » nos deux braves Albigeoises restèrent interloquées, moins par la question que par la tournure de la phrase.

Nous avons la chance de posséder le cours de philosophie que le jeune professeur dictait à ses élèves durant l'année scolaire 1882-1883. Ce cours nous est conservé grâce à Louis Rascol, ancien élève de Jaurès, plus tard Directeur du Collège, puis Lycée qui porte son nom. D'après les indications de cet ancien élève, la classe de philosophie où enseignait Jean Jaurès cette année-là comportait seulement treize élèves. Cc cours nous permet de mieux connaître le point de départ des idées philosophiques de Jaurès, bien qu'il ne laisse guère percer une pensée personnelle, Jean Jaurès restant très marqué par l'enseignement reçu à l'Ecole Normale Supérieure. Il est aujourdd’hui édité par les Edtions Vent Terral.

D’après A. Bru


·En 1931 : Georges CANGUILHEM

De son passage au Lycée LAPEROUSE, on ne dispose que d'une date: 1931. Jeune agrégé de philosophie, Georges CANGUILHEM est alors âgé de 27 ans. Une trentaine d'années plus tard, il produira une oeuvre que Michel FOUCAULT saluera comme : « un des événements fondamentaux dans l'histoire de la philosophie moderne. »

Georges CANGUILHEM fut l'élève d'ALAIN, normalien, condisciple d'ARON, de SARTRE et de CAVAILHES. Après l'agrégation et le service militaire, il enseignera jusqu'à la guerre et deviendra une figure majeure de la philosophie française d'après-guerre. Inspecteur Général de philosophie de 1948 à 1955, successeur de Gaston BACHELARD à la Sorbonne, il dirigera l'Institut d'Histoire des Sciences de l'Université de Paris.

Rigoureux et imaginatif, la philosophie anime, chez lui, la quête de l'historien. De La Connaissance de la Vie (1952) à Le Normal et le Pathologique (1966), sa réflexion s'ordonne autour de cette énigme majeure : comment un être singulier tel que l'homme qui rencontre la Vie en lui et hors de lui, peut-il, alors qu'il doit inventer de toutes pièces ses instruments d'investigation, penser le vivant ?

Mais cette philosophie de la Vie sous-tend , chez lui, une philosophie de l'Action qui est, elle aussi, exclusion et préférence, risque et précarité. Aussi bien, Georges CANGUILHEM en fit-il l'épreuve quand, sous le nom de LAFONT, il devint l'assistant d'Henri INGRAND, chef de la Résistance en Auvergne. Ou quand, en juin 44, il participa, au Mont Mouchet à une bataille majeure de la Résistance. Il en avait déjà fait la preuve, lorsque, dès l'automne 40, il écrivit au Recteur de l'Académie de Toulouse : « Je n'ai pas passé l'agrégation de philosophie pour enseigner Travail, Famille, Patrie ! »

PM


·En 1960 : René GIRAUDON

L'homme n'est pas connu, ou enfin n'est pas célèbre. Il reste simplement "mémorable", mémorable pour ceux qui l'ont rencontré. Plus encore sans doute pour ses élèves qui, par position, l'écoutèrent dans les années 60.

Il y avait une autorité proprement magistrale dans sa parole. Et pas seulement lorsqu'il parlait de l'Absolu, en même temps qu'il faisait signe vers le clocher de la chapelle voisine. Deux heures d'affilée, tous les matins, René GIRAUDON "reprenait" le cours et recréait sans cesse la réflexion philosophique. Et pour nous, il y avait urgence, urgence extrême d'une pensée en acte qui, dans la mesure où elle était toujours neuve, toujours libre et unique, défie aujourd'hui encore toute tentative de vouloir la "situer".

Il nous a appris le bonheur de penser en total oubli de l'opinion, preuve que le vrai peut trouver de lui-même le chemin des esprits, et qu'il n'est nul besoin de l'administrer à petites doses, comme on ferait des médicaments amers, avec une quantité suffisante d'excipients sucrés, pour le rendre "accessible à tous".

Ses rapports avec les élèves étaient donc d'esprit à esprit, une sorte de fraternité intellectuelle qui nous enivrait et, à la lettre, nous élevait.

Il fut pour nous, un Maître. Non celui qui forme des disciples, mais celui qui initie à la discipline de la pensée, à sa rigueur et à sa nécessité. Un maître intérieur auquel je m'efforce, pour mon compte, de ressembler quand je m'en souviens.Un maître qui m'a appris à me passer de Maître.

PM

 

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par admin laperouse le 30 mars 2014 à 10:55

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