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Lectures de décembre

Par ANTIGONE LONGELIN, publié le dimanche 17 décembre 2017 19:21 - Mis à jour le jeudi 11 janvier 2018 12:42
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Un club lecture toujours aussi animé et fructueux, avec en prime, peut-être, quelques idées de cadeaux pour les fêtes...

  Chronique d'une mort annoncée, de Gabriel Garcia Marquez (par Olivier Dinh)

  Un homme, Santiago Nasar est tué, dès le début du récit. Pourquoi ? Dans ce court roman -ou cette longue nouvelle- il ne s’agit pas pour Gabriel Garcia Marquez de créer du suspens, ou de tenir en haleine le lecteur, mais bien plutôt de démonter la mécanique tragique du crime d’honneur : une famille, et plus précisément les frères Vicario, doit venger la perte de la virginité d’une jeune femme, quitte à prendre le risque de se tromper de coupable. Une tragédie sud-américaine, marquée au sceau du réalisme fantastique que l’auteur sait si bien manier.


 

  Dans les Forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson (par Noé Raynaud)

Dans ce récit autobiographique, Sylvain Tesson nous emmène en Sibérie, près du lac Baïkal, où il est parti vivre en ermite pendant six mois, dans un environnement parfois hostile -les températures pouvant atteindre les -30 degrés en hiver. A travers cet isolement volontaire, il a pu interroger son rapport à la société, à laquelle il veut reprendre le contrôle de sa vie, son rapport à la nature aussi. Car vivre en ermite lui a permis de penser intensément : les livres lui furent d’une compagnie précieuse, aussi bien Thoreau que le Robinson Crusoé de Defoe. Un livre à lire en parallèle avec Ermites dans la Taïga que Noé nous avait présenté le mois dernier, et en écho avec les interrogations écologiques majeures de notre temps.

 

  Le Comédien de Molière, d'Annie Jay (par Camille Berlou)

Michel Baron devient comédien dans la troupe de Molière et va y connaître une fulgurante ascension. Voilà qui permet au récit de revenir sur les premières années de l’exceptionnel dramaturge, acteur et metteur en scène que fut Jean-Baptiste Poquelin. Une occasion aussi de découvrir les premières années de règne de Louis XIV racontées par une auteure spécialisée dans le roman historique, et plus particulièrement dans l’évocation du 17e siècle.

 

  Carmen, de Prosper Mérimée (par Clara Milin)

Le narrateur de cette célèbre nouvelle, archéologue de son état, va nous raconter l’histoire tragique de Carmen et de Don José. A travers ce drame de l’amour passionnel et d’une jalousie qui fait perdre la raison, Mérimée explore le sud de l’Espagne, encore très exotique aux yeux du lecteur français du 19e siècle, mais aussi le thème de la femme fatale, puisque Carmen est une Gitane au charme aussi puissant que vénéneux. Un classique un peu méconnu, tant l’opéra de Bizet l’a quelque peu éclipsé. A redécouvrir…

 

  Trois Saisons d'Orage, de Cécile Coulon 

Les « Trois Saisons d’Orage » sont les trois générations qui se succèdent dans le village des Fontaines, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. On y suit entre autres l’histoire d’André, un médecin traumatisé par la guerre et de son fils Bénédict. Mais Cécile Coulon s’attache aussi à explorer les rapports qui lient l’homme à la nature ; d’où son goût pour les descriptions de paysages. Une jeune auteure (à peine 27 ans) prometteuse et parue chez l’excellente éditrice Viviane Hamy.

 

  Le Silence des Agneaux, de Robert Harris (par Lucie Carivenc)

Un thriller indémodable : le sinistre Hannibal Lecter, psychopathe cannibale, est appelé à la rescousse par le FBI lui-même au cours d’une enquête pour meurtre. Le tueur à arrêter est surnommé « Buffalo Bill », et c’est Clarice Sterling, une jeune agente du célèbre bureau qui doit le traquer. S’ensuivra un face à face trouble entre elle et Hannibal. Un livre à ne pas manquer si vous êtes amateur de suspense.

 

 

  Là où tombent les anges, de Charlotte Bousquet (par Sofia Cambie)

A la veille de la Première Guerre mondiale, Solange épouse, sur un coup de cœur, Robert. Mais celui-ci s’avère jaloux, possessif, et l’isole du monde extérieur, de ses amies. Lorsque la guerre éclate, Robert est mobilisé, puis tué au front. Solange va pouvoir reconquérir sa liberté. A travers ce récit que l’on prend plaisir à lire, l’auteure peint la vie à l’arrière pendant la Grande guerre, et retrace un moment essentiel dans le combat des femmes pour leur émancipation.

 

  La Cathédrale de la Mer, de Ildefonso Falcones (par Clément Bernigole)

Barcelone, 14e siècle. Le lecteur peut suivre, le parcours du narrateur qui n’est pas sans rappeler les héros picaresques et dont le destin sera lié à celui de sa ville, et plus particulièrement de la cathédrale Santa Maria del Mar érigée par la communauté des pêcheurs. Orphelin, il réussit à devenir, entre mésaventures et malheurs, membre de la puissante Guilde des Marchands, avant de parachever son impressionnante ascension sociale. Une lecture captivante, centrée sur une ville qui a inspiré bien des romanciers.

 

  Underground Railroad, de Colson Whitehead (par Antigone Longelin)

Cora est esclave en Géorgie. Sa grand-mère Ajarry a été achetée en Afrique, et sa mère Mabel l’a abandonnée en s’enfuyant de la plantation de coton sans plus jamais signe de vie. Cora va à son tour s’évader de cette prison à ciel ouvert, dans des circonstances rocambolesques. Pour cela elle empruntera le « chemin de fer souterrain » (Underground Railroad). Cette métaphore désigne le réseau d’hommes libres qui aidaient les esclaves à gagner les Etats qui ne pratiquaient pas l’esclavage, ou le Canada où cette barbarie n’a jamais existé. Colson Whitehead a l’idée géniale de « réaliser » la métaphore et d’imaginer un chemin de fer réel, creusé dans le sous-sol américain et traversé par un train qui s’arrête d’une gare à l’autre. Mais la narration même reste classique, y compris dans sa construction -en grande partie en tous les cas. Le véritable intérêt de ce roman est de se poser la question la question de la vie après la rupture des chaînes, après avoir échappé à la servitude. Ces hommes et ces femmes rescapés devenaient-ils libres pour autant ? Où l’on découvre que d’un Etat à l’autre la situation était très différente pour les Noirs et il arrivera plus d’une fois à Cora de vivre l’enfer.

Moins puissant que Beloved de Toni Morrison, moins poétique que le Massacre du Bétail de John Edgar Wideman, Underground Railroad, un des événements de cette rentrée littéraire, est un roman accessible, bien ficelé, à lire une carte des Etats-Unis d’avant la Guerre de Sécession à la main pour saisir toutes les nuances qui existaient sur cette question dans ce grand pays encore naissant.