Lectures de novembre

Des lecteurs enthousiastes et des lectures variées et très intéressantes... En voici l'essentiel :

 Christine Arnothy, J’ai 15 ans et je ne veux pas mourir (par Camille Berlou)

Budapest, pendant la Seconde Guerre mondiale. La narratrice doit vivre terrée dans une cave, tandis que les Allemands occupent la ville. Mais elle doit parfois sortir, affronter le danger, ne serait-ce que pour aller chercher de l’eau au puits. C’est là qu’elle peut voir les cadavres qui jonchent les rues, et toute la misère de sa cité déchue. Un récit très fort, autobiographique, sous forme d’un journal intime et paru au lendemain de la guerre, après que la Hongrie est tombée sous la coupe soviétique. A (re)découvrir.


 Jean d’Aillon, La Conjuration des Importants (par Elisa Lautrec)

En 1642, un commissaire de police meurt assassiné dans une pièce fermée pourtant de l’intérieur. Gaston de Tilly, commissaire lui aussi, va mener l’enquête. L’intrigue policière se déroule sur un fond historique qui nous emmène à la fin du règne de Louis XIII, lorsque le roi meurt de manière quelque peu énigmatique. La cour est agitée par des rébellions naissantes qui engendreront la Fronde, ainsi que par diverses rivalités de pouvoir, qui s’organisent parfois en véritables conjurations, dont celle qui donne son titre au roman. L’auteur sait tisser le fil narratif, fait de suspense et le fil historique pour composer un roman agréable à lire, portant sur une période quelque peu méconnue de l’Histoire de France.

 

 Jo Witek Une fille de … (par Clara Milin)

A Paris, de nos jours. Le titre est à prendre au pied de la lettre, puisque la mère du personnage principal est une prostituée d’origine russe. Sa fille grandit avec un sentiment de malaise grandissant, lié aux activités de sa mère. Mais elle trouvera plus tard, dans la pratique de la course, une manière d’oublier les vexations dont elle fait l’objet. Quant au lecteur, il apprendra que la mère de la jeune fille est prisonnière malgré elle du métier qu’elle exerce. Un récit bref, mais percutant, sur un thème audacieux.

 

 Sarah Cohen-Scali, Max (par Sofia Cambie)

Max n’est pas un enfant comme un autre. Il est né du programme « Lebensborg » (Fontaines de vie) Il a été conçu dans le cadre du projet eugéniste nazi, destiné à créer la race pure parfaite d’ « Aryens », cette construction de l’esprit à laquelle croyait le national-socialisme. Le lecteur de Max peu donc s’immiscer dans l’esprit de ce garçon aveuglé malgré lui, pour lequel il n’éprouvera pas d’empathie, tout en sachant qu’il n’est pas responsable de sa propre corruption. Un roman qui marque le lecteur, et offre une entrée originale dans la période de la Seconde Guerre mondiale.

 

 Victor Hugo, Claude Gueux (par Lucie Carivenc)

Poussé par la misère et le besoin de nourrir sa famille, Claude Gueux commet un vol ; il est arrêté et incarcéré. La prison va le changer, l’abîmer. Ce court roman est parmi les plus poignants de Victor Hugo. C’est avec beaucoup de justesse que le narrateur décrit la chute inéluctable d’un homme pris dans un engrenage tragique. Où l’on découvre que les « classiques » n’ont pas volé leur réputation : ces œuvres brillent bien au-delà de l’époque à laquelle elles ont été composées, restent longtemps très modernes et en écho avec notre propre temps : on prend plaisir à les lire et les relire.

 Vassili Peskov, Ermites dans la Taïga (par Noé Raynaud)

Un récit documentaire qui nous emmène en Sibérie, terre froide et quelque peu hostile : dans les années 1970 des géologues y découvrent, isolée dans la steppe depuis 1938, une famille de vieux-croyants orthodoxes. Ils vivent dans coupés du monde et dans le dénuement le plus total. L’œuvre nous raconte leur histoire âpre, marquée par les deuils mais aussi par une extraordinaire capacité de résistance et de survie face aux épreuves que la vie leur réserve.

 

 Jean-Christophe Grangé, Miserere (par Clément Bernigole)

Mort violente d’un chef de chœur en Lozère : il a les tympans explosés, ironie tragique suprême pour un musicien. L’enquête montrera que la victime, d’origine chilienne, a un passé douteux, lié au dictateur Pinochet. Le lecteur découvrira aussi que le crime est lié à une secte fondée par d’anciens nazis partis se cacher en Amérique latine.

Un thriller efficace mais aussi violent, qui explore une face sombre de l’homme et de la société.

 

 Ron Rash, Par le Vent pleuré (par Antigone Longelin)

Né en 1953, en Caroline du Sud, Ron Rash est un romancier qui aime situer ses récits dans les Appalaches, cet arrière-pays fait de montagnes, une Amérique reculée, profonde, voire en déshérence.

Le narrateur est un écrivain raté et alcoolique, Eugene. Il raconte sa rencontre avec Ligeia, à l’été 1969. Une fille de la ville (Daytona Bay, Floride) envoyée chez son oncle à Sylva, pour être éloignée de ses mauvaises fréquentations. Elle deviendra un objet du désir et perturbera l’existence d’Eugene et de son frère Bill, qui vivent sous l’emprise d’un grand-père médecin et tyrannique. Puis un jour, Ligeia disparaît ; il semble qu’elle ait pris le car, sans laisser de traces.

Mais ses restes sont retrouvés dès l’incipit. Qu’est-il donc arrivé à Ligeia ?

 

Malgré les apparences, Par le Vent pleuré n’est pas un roman policier, pas même un thriller. C’est tout à la fois un roman qui explore une époque marquante des Etats-Unis (guerre du Vietnam, rock, drogues, vague hippie), un roman sur les premières amours adolescentes, un roman sur la famille aussi. A tous ces thèmes s’ajoute une dimension littéraire : les ombres de Thomas Wolfe (à qui le titre français du roman est emprunté), de Dostoievski et de Poe planent sur l’œuvre. Mais le fil du récit tient incontestablement à un suspense qui va croissant. Enfin, comme souvent avec Ron Rash (cf. Le Chant de la Tamassee, chroniqué l’an dernier) Par le Vent pleuré est un roman de la Nature. Et on est tenté de dire que la rivière en est le personnage principal, tour à tour écrin sensuel et scène tragique.

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par SYLVIE PHALIPPOU le 15 nov. 2017 à 09:35

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